Interview d’Anne-Lise Puget, avocate associée en Droit social dans Le Parisien Aujourd’hui en France à propos du retour au travail des salariés dans un contexte de situation sanitaire marquée par de nombreuses incertitudes.

Quelles mesures pour ma santé ?

« Je suis retourné dans mon entreprise en juin et j’ai été effaré par le non-respect des gestes barrière. Je ne supporte pas qu’un collègue enlève son masque, ou qu’un autre ferme la porte d’une salle de réunion », avoue Eric, informaticien de 53 ans. « Pour moi, hors de question de travailler avec quelqu’un qui refuse de se faire vacciner. Je trouve ça d’un égoïsme hallucinant », lâche de son côté Christelle, salariée d’une entreprise d’ameublement, pas encore retournée dans ses murs.

Même si le port du masque et la distanciation physique restent de mise au bureau, le comportement des uns et des autres face au virus peut exacerber les tensions. « On estime de 10 à 15 % la part de réfractaires au vaccin chez les salariés », analyse Vincent Bouic, directeur de la plateforme dédiée à l’accompagnement de la vaccination en entreprise Work’n Vax. Autant de raisons qui ont conduit Eric, craignant pour sa santé, à rebrousser chemin. « J’appartiens à la catégorie des personnes vulnérables. En août, sur demande du médecin du travail, je suis repassé en 100 % télétravail », affirme le quinquagénaire, pas serein pour autant. « Mon responsable a du mal à accepter cette situation. Quand je lui ai annoncé il m’a lancé : Mais tu vas être en télétravail toute ta vie ? Il y a aussi des phrases de ce type chez mes collègues qui pensent que j’ai un passe-droit. » Or s’il figure sur la piste des personnes vulnérables, Eric est bien dans son droit. « Le décret est toujours en vigueur”, confirme Me Anne- Lise Puget, avocate en droit social au cabinet Bersay. Les salariés considérés comme vulnérables peuvent obtenir un certificat d’isolement et travailler de chez eux. Si le télétravail n’est pas possible, ils pourront être mis en activité partielle ». Sans autre raison valable en revanche, Christelle ne pourra pas refuser un retour dans les locaux. Sauf éventuellement à prouver que son employeur ne fait rien pour assurer le respect des gestes barrière.

Article disponible en intégralité dans Le Parisien et en version PDF dans Aujourd’hui en France et Le Parisien Eco.